Hélène Darroze : cheffe triplement étoilée, elle témoigne sur la maternité et la carrière au sommet

Comment mener une carrière au sommet tout en élevant deux enfants seule, dans un métier aussi exigeant que la haute gastronomie ? Le parcours d’Hélène Darroze, cheffe triplement étoilée, montre que c’est possible, mais jamais simple. Son témoignage, profond et sincère, offre un regard rare sur la maternité, l’ambition et les choix qui façonnent une vie.

Une cheffe étoilée entre Londres, Paris et Marrakech

Quand vous découvrez Hélène Darroze en action, vous avez l’impression qu’elle se sent partout chez elle. À Marsan, son restaurant parisien doublement étoilé. Au Connaught, à Londres, où elle détient trois étoiles Michelin. Ou encore au Royal Mansour, à Marrakech, où elle dirige les restaurants depuis trois ans. C’est là qu’elle a préparé un tajine de poulet au citron avec sa fille Quiterie, guidée par les cheffes Zahira Lasrie et Khadja Bendhmane.

Dans ce tajine, tout est précis : cuisses de poulet, curcuma, gingembre, citrons, ail et coriandre. Une recette simple en apparence, mais révélatrice d’un point important : malgré une mère cheffe, les deux filles d’Hélène Darroze cuisinent peu. La cheffe l’avoue : son perfectionnisme a freiné leur apprentissage. Un regret qu’elle assume aujourd’hui.

Découvrir la cuisine marocaine auprès de femmes

Avant de diriger les cuisines du Royal Mansour, Hélène Darroze reconnaît qu’elle connaissait peu la cuisine marocaine. Elle a donc fait ce qu’elle appelle un retour en apprentissage. Et cette fois, ce sont des femmes qui l’ont guidée.

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Elle raconte sa rencontre avec Lala Fatma, au cœur de l’Atlas. Avec elle, elle a appris à préparer la semoule en partant de la farine et a cuisiné un tajine dans un salon, sur un simple petit bec de gaz. Une expérience très loin des immenses cuisines du palace. Elle insiste : la cuisine marocaine est une cuisine profondément matriarcale.

Dans les équipes du Royal Mansour, la majorité du personnel est féminin. Une situation qu’elle apprécie, car dans ses restaurants parisiens, seules les pâtisseries sont 100 % féminines. En cuisine, elle n’a qu’une seule femme. À Londres, elles sont davantage, mais pour elle, cela reste un défi du métier.

Une vocation née dans une famille de cuisiniers

Hélène Darroze a grandi entourée de femmes qui cuisinaient. Pourtant, elle n’imaginait pas devenir cheffe. Elle visait plutôt l’hôtellerie. À l’époque, explique-t-elle, on n’encourageait pas les bonnes élèves, encore moins les femmes, à aller en cuisine. Un stage chez Alain Ducasse a changé sa trajectoire. Des bureaux, elle est passée aux fourneaux, encouragée par le chef lui-même.

De retour dans le restaurant familial à Villeneuve-de-Marsan, elle surprend son père en reprenant la cuisine. Puis vient Paris, où elle ouvre un restaurant à son nom. Le succès est immédiat : une première étoile trois mois après l’ouverture, puis une deuxième. Elle n’a presque pas eu le temps de célébrer. La suite se poursuit entre Paris, Londres et aujourd’hui la Provence, où son restaurant de la Villa Coste a obtenu une étoile.

Maternité et carrière : un équilibre fragile

Être mère célibataire dans un métier aussi prenant a été l’un des plus grands défis de sa vie. Elle a adopté ses deux filles, Charlotte et Quiterie, au Vietnam. À cette époque, elle jongle entre Paris et Londres. Elle se souvient des trajets en Eurostar, chaque vendredi, avec une enfant dans le porte-bébé et l’autre perchée sur une petite valise.

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Elle admet que ses filles ont souffert de son absence à certains moments. Après le Covid, Charlotte lui dit : « Il a fallu un confinement pour que nous ayons une vraie vie de famille. » Cette remarque l’a profondément marquée et poussée à changer certaines habitudes.

Sa vie sentimentale, elle l’a laissée de côté. Non par désespoir, précise-t-elle, mais parce que les occasions ne se présentaient pas. Elle se demande encore aujourd’hui comment quelqu’un pourrait trouver sa place dans sa vie.

Transmettre autrement : Top Chef et les jeunes générations

Depuis plus de dix ans, elle partage son savoir-faire aux jeunes talents de Top Chef. Chaque saison, elle hésite à s’arrêter. Mais elle revient, parce que le plaisir est toujours là. Cette année, les règles ont changé : les chefs ne coachent plus vraiment les candidats. Une surprise pour elle, mais finalement une bonne chose. Les candidats ont pu exprimer davantage leur personnalité.

Elle rappelle aux jeunes cuisiniers que ce métier demande des choix. Pour autant, elle n’a jamais eu l’impression de faire des sacrifices. Elle aime rendre les gens heureux, même si certaines expériences n’ont pas marché. Elle l’assume : on apprend de ses erreurs.

Cette saison, seize candidats s’affrontent, dont quatre femmes. Un reflet du métier, encore très masculin. Selon elle, les portes ne se ferment plus aux femmes comme autrefois. Mais il faut accepter d’être mère et femme autrement, ce qu’elle connaît bien.

À travers son parcours, ses réussites et ses doutes, Hélène Darroze montre que la passion et la maternité peuvent coexister. Pas sans questions, pas sans ajustements. Mais avec une sincérité et une force qui inspirent toutes les générations.

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Clémentine G.
Clémentine G.

Passionnée de pâtisserie, Clémentine aime partager ses recettes créatives et astuces gourmandes pour sublimer chaque gâteau.