Son visage est désormais connu dans la gastronomie française, mais derrière l’étoile scintillante de Manon Fleury se cache un parcours marqué par des choix difficiles et une relation complexe au corps. Aujourd’hui cheffe reconnue, elle parle ouvertement de son chemin, de ses années d’escrime à la cuisine, et de la fragilité qui a parfois guidé ses pas.
Une cheffe étoilée au parcours atypique
À 34 ans, Manon Fleury dirige Datil, son restaurant situé dans le 3e arrondissement de Paris. L’établissement a décroché une étoile au guide Michelin et, le 16 mars, une étoile verte pour sa démarche fondée sur une cuisine végétale, le respect des saisons et la valorisation des producteurs.
Sa cuisine engagée n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une trajectoire où chaque étape, même difficile, l’a poussée à se rapprocher du sensible et du vivant.
De la Bourgogne aux pistes d’escrime
Manon Fleury est née à Dijon et a vécu jusqu’à l’âge de 6 ans à Pontailler-sur-Saône, en Côte-d’Or. Son père était percepteur du village. Elle raconte avoir grandi au-dessus de la trésorerie, descendant au rez-de-chaussée pour jouer dans les bureaux. Ensuite, la famille s’installe dans une commune près d’Auxerre, où elle passe ses journées dehors, à vélo. Sa mère la surnomme alors « sirop de la rue », clin d’œil à une chanson de Renaud.
À 10 ans, elle entre dans un club d’escrime réputé. Elle deviendra plus tard championne de France de sabre junior et membre de l’équipe de France. L’exigence du sport de haut niveau façonne une grande partie de son adolescence.
Un corps qui se fragilise et une passion qui se révèle
Comme beaucoup de jeunes sportifs, Manon Fleury doit composer avec la pression, la discipline et le rapport intense au corps. Elle a évoqué, dans plusieurs prises de parole publiques, son combat contre l’anorexie. Un combat qui ne figure pas comme un détail mais comme un tournant. Pour elle, ce trouble s’est entremêlé à une quête de contrôle et à une exigence trop forte.
Elle résume souvent cette période par une idée forte : même quand son corps s’effaçait, la cuisine restait présente. « J’avais la cuisine dans la tête », confie-t-elle. Cette phrase dit tout d’un refuge devenu vocation.
La rupture avec les études et l’entrée en cuisine
Alors qu’elle suit une hypokhâgne au lycée Victor-Duruy, dans le 7e arrondissement de Paris, elle tente de se fondre dans le moule. Pourtant, tout semble trop lisse autour d’elle. Elle se sent en décalage avec ce milieu académique. Elle raconte par exemple être la seule, en cours de géographie, à connaître le rôle du gui, ce parasite qui recouvre les arbres, parce qu’elle a grandi à la campagne.
Cette différence, longtemps perçue comme une faiblesse, devient un signal. Elle prend alors une décision qui surprend son entourage : quitter ses études littéraires pour rejoindre une école de cuisine. Un geste radical qui marque la vraie naissance de sa carrière.
Construire, cuisiner et transmettre autrement
Aujourd’hui, Manon Fleury revendique une cuisine végétale, sensible, attentive aux cycles naturels. Elle affirme que sa rigueur sportive, son parcours personnel et sa fragilité passée l’ont aidée à comprendre l’importance du rythme, du respect du corps et du vivant.
Son étoile et son étoile verte ne récompensent pas seulement une technique. Elles saluent aussi une manière d’être au monde, façonnée par des épreuves qu’elle ne cache plus.
Un témoignage qui dépasse la gastronomie
En parlant ouvertement de son trouble alimentaire, elle apporte une voix rare dans un milieu où le rapport au corps peut être complexe. Sa trajectoire montre qu’un chemin marqué par la lutte peut mener à une cuisine apaisée. Une cuisine qui parle autant aux sens qu’à l’intime.
Son histoire rappelle une chose simple : même dans les moments où tout vacille, une passion peut devenir un phare. Chez Manon Fleury, ce phare a un nom : la cuisine.




